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26/12/2010

L’Afrique de l’Ouest menace Laurent Gbagbo d’une intervention militaire

26/12/2010 17:30
L’Afrique de l’Ouest menace Laurent Gbagbo d’une intervention militaire


Les États d’Afrique de l’Ouest envoient demain une délégation à Abidjan et se déclarent prêts à une intervention militaire en cas d’échec de cette médiation
La fête de Noël, célébrée dans un climat de tristesse et d’amertume en Côte d’Ivoire, n’aura pas apporté de signe de détente. Au contraire, la situation s’est encore tendue, chaque camp cherchant à renforcer ses positions.

Alassane Ouattara, reconnu vainqueur par la quasi-totalité de la communauté internationale mais toujours reclus dans un hôtel, a reçu un soutien de poids de la part des pays de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

Réunis vendredi 24 décembre à Abuja (Nigeria), les dirigeants de cette organisation régionale ont menacé Laurent Gbagbo de recourir à la « force légitime » s’il persistait dans son refus de céder le pouvoir.

Le président sortant, déjà objet de sanctions depuis un mois de la part de l’Union européenne, des États-Unis et de l’ONU, a jusqu’ici ignoré tous les ultimatum. Mais cette fois, il se retrouve directement sous la menace d’une opération militaire.
Nombre d’Ivoiriens cherchent à échapper aux violences
Avant d’en arriver là, la Cedeao va tenter « une sortie de crise par le dialogue » en envoyant demain à Abidjan les chefs d’État Boni Yayi (Bénin), Ernest Koroma (Sierra Leone) et Pedro Pires (Cap-Vert).

Il n’est pas sûr que cette délégation soit reçue au palais présidentiel toujours occupé par Laurent Gbagbo et ses partisans, si l’on en juge par la réaction du porte-parole de son gouvernement, Ahoua Don Mello, qui a déclaré « inacceptable » la décision de la Cedeao, « complot du bloc occidental dirigé par la France ».

Le porte-parole n’a pas hésité à brandir en retour la menace de la guerre civile. « La Côte d’Ivoire est une terre d’immigration, a-t-il souligné. Tous les pays (d’Afrique de l’Ouest) ont des ressortissants en Côte d’Ivoire, ils savent que s’ils attaquent de l’extérieur, ça va se transformer en guerre civile à l’intérieur. » Et de poursuivre : « Le peuple de Côte d’Ivoire va se mobiliser. (…) Ça excite son patriotisme, ça renforce la foi dans le nationalisme ivoirien. »

Nombre d’Ivoiriens cherchent à échapper aux violences. D’après les Nations unies, samedi, 14 000 d’entre eux ont déjà fui vers le Liberia voisin en près d’un mois et le Haut-Commissariat pour les réfugiés de l’ONU a averti qu’il risquait de se trouver à court de nourriture.
Benoît XVI a appelé à «une paix durable» dans le pays.
Le HCR s’inquiète par ailleurs d’informations selon lesquelles certains membres des Forces nouvelles, qui soutiennent Alassane Ouattara, empêcheraient des réfugiés de traverser librement la frontière vers le Libéria.

Le président élu est sorti vendredi d’un silence de plusieurs semaines pour lancer un appel solennel aux forces armées restées fidèles à son rival, afin qu’elles assurent « leur mission républicaine de protection des populations contre les miliciens et mercenaires étrangers qui font couler le sang des Ivoiriens ».

Il a promis que la justice serait saisie « pour faire la lumière sur ces actes odieux » et qu’une «commission d’enquête nationale» serait constituée, tout en souhaitant la venue d’une mission de la Cour pénale internationale (CPI) « dans les tout prochains jours ».

La communauté internationale a continué à exprimer sa préoccupation. Benoît XVI a appelé samedi, dans son message de Noël, à « une paix durable » dans le pays.
Ouattara mise sur l’asphyxie financière du régime
Et la France a de nouveau accentué sa pression. Laurent Gbagbo peut encore prétendre à une « sortie tout à fait honorable », a insisté la chef de la diplomatie, Michèle Alliot-Marie, vendredi soir : « Mais plus le temps passe, et plus il y a de dérapages et de violences, et plus cette perspective s’éloigne. »

La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a de son côté réitéré l’appel au président sortant à renoncer «immédiatement» au pouvoir. Mais ces messages tombent dans le vide. Une grande manifestation de soutien à Laurent Gbagbo sera organisée mercredi dans les rues d’Abidjan par le ministre de la jeunesse, Charles Blé Goudé.

Pendant ce temps, Alassane Ouattara mise sur l’asphyxie financière du régime. Avec l’aide de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), qui a décidé jeudi dernier de lui accorder le contrôle des comptes ivoiriens à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Le gouvernement Gbagbo a qualifié d’« illégale » cette décision, qui pourrait s’avérer lourde de conséquences pour son avenir, même si les salaires des fonctionnaires de décembre ont commencé à être payés cette semaine.

L’issue de la crise ivoirienne pourrait bien passer par l’économie, alors que la mise sur pied d’une force régionale militaire pourrait prendre jusqu’à deux mois.

Marie DANCER (avec AFP

18:28 Écrit par legourou | Lien permanent | Commentaires (0) | | |  Facebook | |  Imprimer | | |

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